Les Arpents Verts

Description du projet


En collaboration avec Atelier Big City, Urban Soland et Planex.

Le développement de Pierrefonds Ouest offre une rare opportunité de créer un cadre de vie urbain dans le dernier des grands espaces non exploités de l’île de Montréal, aux portes de l’un de ses rares milieux naturels – une zone liant le lac Saint-Louis au lac des Deux Montagnes et englobant l’écoterritoire du corridor écoforestier de la rivière à l’Orme, le parc-nature du Cap-Saint-Jacques, le parc agricole du bois De-la-Roche et le bois Angell. Si une telle occasion suscite d’abord l’enthousiasme, l’exercice doit néanmoins se faire avec une prudence et une grande sensibilité de manière à limiter l’impact sur le territoire naturel.

Tenant compte de la complexité d’un tel projet, nous avons rassemblé pour la charrette organisée par la Ville de Montréal une équipe multidisciplinaire possédant des expériences affirmées et complémentaires en développement urbain durable (L’OEUF), en architecture urbaine innovatrice (Atelier Big City), en aménagement paysager de sites naturels (Planex Consultants), en paysage urbain (Peter Soland), en génie civil (Vinci Consultants) et en génie bioclimatique (Martin Roy). Nous avons adopté une approche de conception intégrée intense pour la durée de la charrette. Une telle approche encourage la participation immédiate et spontanée des experts en début de processus, incluant l’élaboration et la mise en forme de concepts novateurs, créatifs et réalistes. Puisque le processus de design en charrette prévoyait la participation de promoteurs, nos propositions répondent en outre à une réflexion éclairée sur les réalités du développement immobilier.

Le centre municipal

Les trois «unités de voisinage» sont reliées par la boucle verte piétonnière et se rencontrent à la croisée du boulevard Pierrefonds et de l’«axe commun» – un centre municipal qui consiste en un espace public, des équipements collectifs (école, bibliothèque, centre communautaire) et l’arrêt des autobus navettes desservant la gare de train de Beaconsfield et des autobus express menant à une station du métro.

Balise d’aménagement

Au cœur des préoccupations de notre équipe figurait la conception d’un développement urbain supportant et même renforçant la conservation écologique de l’écoterritoire de l’Anse-à-l’Orme. D’un point de vue philosophique, la pierre angulaire de l’intervention est d’établir une attitude à travers laquelle les qualités naturelles et physiques sont considérées comme les propriétés structurantes d’une nouvelle communauté et autour de laquelle une image unique doit être forgée. Il devient alors impératif d’identifier certaines structures latentes du paysage pour définir les lignes directrices d’un plan d’ensemble sensible aux particularités écologiques du site. Le développement immobilier doit être vu comme un complément de la conservation écologique plutôt qu’un obstacle à celle-ci. À première vue, nous avons identifié certains éléments structurants – la trame agricole existante, le bassin versant, l’orientation solaire de même que le réseau des milieux naturels et humides. L’imposition de la trame agricole se veut un rappel de la vocation historique du site et de son développement. Par ailleurs, l’adaptation des fossés de drainage existants pouvaient servir à établir un réseau de drainage pluvial naturel et gravitaire permettant l’infiltration des eaux de pluie, alimentant ainsi les milieux humides et les deux ruisseaux existants et respectant le bassin versant. Notre analyse du bassin versant nous a également amenés à situer le prolongement du boulevard Pierrefonds directement sur la crête, l’axe le plus élevé du site – littéralement le «high street» du nouveau quartier divisant le site approximativement en deux. Ce tracé favorise un drainage naturel, sans modification majeure de la topographie des lieux.

Typologie des rues

Nous avons proposé une trame de rue simple et flexible pour accommoder la diversité typologique souhaitée. Le réseau routier est hiérarchique et constitué d’un nouveau «parkway» sur l’emprise de l’éventuelle autoroute 440, du prolongement du boulevard Pierrefonds vers l’ouest se terminant par une boucle au nouveau centre municipal, du prolongement du boulevard Antoine-Faucon le long du boisé de l’Anse-à-l’Orme se terminant sur le boulevard Gouin, des rues collectrices axées approximativement nord-sud le long des fossés et des rues résidentielles orientées approximativement est-ouest. La rue comme milieu de socialisation — à l’échelle du boulevard commercial aussi bien que de la rue résidentielle.

Énergie et orientation

Il est à noter qu’en vertu du programme LEED-ND, on recommande une prédominance des constructions sur un axe est-ouest avec une variation d’un maximum de ± 15° vers l’est et l’ouest. Selon l’ingénieur de notre équipe, Martin Roy, une orientation prédominante des constructions de 12° sud-est devrait assurer un meilleur gain solaire. D’après ses calculs, cette orientation permet de réduire de 5 à 15 % la consommation d’énergie de chauffage, par rapport à une orientation perpendiculaire à la trame agricole – une économie qui n’exige aucun investissement sinon celui d’être conscient du passage du soleil. Cette orientation correspond au tracé proposé du boulevard Pierrefonds sur la crête et dicte l’orientation principale de l’ensemble des rues résidentielles. Le site est propice à l’utilisation de la géothermie en raison de la faible profondeur de la nappe phréatique et du sol argileux, particulièrement si on y associe l’utilisation de panneaux solaires thermiques.

Verdir la trame

Le site se caractérise par des champs agricoles ponctués de marais et de ruisseaux, entourés d’aires boisées tels que le Cap-Saint-Jacques et l’Anse à l’Orme. Afin de préserver ces milieux naturels dans la vie quotidienne du nouveau quartier, nous avons proposé de créer un «axe commun» qui traverse le site du nord au sud – un axe municipal entre l’Anse à l’Orme et le Cap-Saint-Jacques reliant le ruisseau au sud avec les marais au nord et intégrant la cour d’école et le cimetière existants sur le boulevard Gouin. Par la suite, cet axe est intégré dans une boucle que forment les bords du ruisseau et les milieux humides et un deuxième axe nord-sud le long d’un fossé qui a le potentiel de relier l’Anse à l’Orme au bord de la rivière des Prairies. Cette boucle verte qui permet de consolider les milieux naturels du site et d’offrir un sentier piétonnier le long des futures résidences du projet devient le nouveau domaine public, à la fois municipal et naturel.

Unités de voisinage

En arrivant de l’autoroute 40 vers le «parkway», grand boulevard densément planté contrastant avec les «strips» typiques des secteurs avoisinants, le nouveau quartier résidentiel est isolé de la circulation par un alignement de bâtiments commerciaux – des lofts incubateurs sur pilotis assurant un degré de perméabilité et la conservation du paysage agricole et boisé. L’accès au quartier se fait principalement par le prolongement du boulevard Pierrefonds à travers le site.

Nous avons conçu le plan d’ensemble en tenant compte de trois «unités de voisinage» distinctes selon leurs paysages particuliers – le «ruisseau» pour le secteur au sud du boulevard Pierrefonds, le «marais» pour le secteur au nord et le «pré» pour le secteur à l’ouest de l’axe municipal et se prolongeant vers le Cap-Saint-Jacques. Chaque unité de voisinage représente un quartier à une échelle invitant à la marche – de 1500 à 2000 logements à l’intérieur d’un rayon de 400 à 500 mètres. Les unités de voisinage peuvent ainsi servir au développement des phases du projet et à l’établissement des identités particulières des projets résidentiels individuels.

Par exemple, le «pré» propose un modèle de développement de plus faible densité, constitué en partie de «maisons de ferme», une identité s’inspirant du contexte particulier du boulevard Gouin au sud du Cap-Saint-Jacques aussi bien que du développement récent de l’agriculture bio dans cette partie de l’île. De là nous est venue l’idée d’une «Living Machine» pour le traitement des eaux usées provenant de cette partie du site et du village immédiatement à l‘ouest. La «Living Machine» consiste en un système de traitement écologique des eaux usées formé d’une série de bassins avec plantes, poissons et autres organismes, logés dans une serre. Implantée le long du boulevard Gouin, cette installation peut rappeler les serres des pépinières jadis caractéristiques du lieu et jouer un rôle didactique auprès des groupes scolaires qui fréquentent déjà le parc-nature du Cap-Saint-Jacques.